Renault franchit le cap du million de voitures électriques assemblées en France

Renault annonce avoir produit 1 million de véhicules électriques en France, résultat d’un pari industriel lancé avec la Renaulution. Ce succès commercial et financier repose sur la montée en puissance de la R5 E-Tech et une stratégie de relocalisation des batteries à Douai.

Un cap symbolique pour l’industrie française

La production de 1 million de véhicules électriques assemblés en France marque une étape importante pour le constructeur au losange et pour l’industrie automobile hexagonale. Ce chiffre couronne plusieurs années d’investissements massifs et de réorganisation industrielle visant à rendre la production locale compétitive face à la concurrence étrangère. Depuis 2021, le groupe a injecté 13 milliards d’euros dans ses usines françaises, et un montant équivalent est déjà envisagé pour le prochain plan stratégique.

La R5 E-Tech : locomotive commerciale et industrielle

La citadine R5 E-Tech est au cœur de cette réussite. Conçue pour démocratiser l’accès à l’électrique, elle a franchi le seuil des 100 000 unités produites l’an dernier, avec l’objectif d’atteindre environ 200 000 exemplaires avant la fin de 2026. Pour tenir la cadence, l’usine de Douai a ajouté une équipe de nuit et recruté 500 intérimaires supplémentaires. Ce repositionnement industriel a permis de fluidifier les lignes et d’absorber une demande plus importante que prévu.

Des marges positives retrouvées grâce à une stratégie industrielle

La rentabilité n’est pas qu’un slogan : les modèles urbains comme la R5, la R4 et la Twingo affichent des marges positives, supérieures à celles de véhicules de segments plus élevés tels que la Mégane ou le Scénic. Cette performance s’explique par une refonte des architectures techniques, une automatisation accrue et une optimisation logistique. Une mesure clé : la suppression des importations de batteries Li‑NMC en provenance de Chine au profit de versions produites localement par AESC Envision à Douai, opérationnelle depuis mars 2025. La proximité de la chaîne d’approvisionnement a réduit les coûts et les délais, renforçant la compétitivité des modèles assemblés en France.

Limites, arbitrages et souveraineté encore fragile

Malgré ces avancées, le modèle n’est pas exempt de compromis. Pour libérer de la capacité à Douai pour la R5, Renault a décidé de délocaliser la production du prochain Scénic électrique vers l’Espagne, tandis que la Twingo est désormais assemblée à Novo Mesto (Slovénie). Par ailleurs, de nombreux composants électroniques et matières premières stratégiques continuent de transiter par des chaînes d’approvisionnement mondiales, ce qui limite la pleine souveraineté industrielle.

>Sur le plan social et économique, l’électrique made in France soutient 39 000 emplois directs et environ 35 000 emplois induits chez les sous-traitants. Mais la concurrence chinoise demeure pressante : les constructeurs chinois bénéficieraient d’un avantage de compétitivité estimé entre 30 % et 40 % et ont vu leur part de marché en Europe bondir de 2 % à 10 % en à peine trois ans.

>Editorial — Ce million de véhicules assemblés en France n’est pas un point final mais une démonstration que la relocalisation industrielle et l’optimisation des chaînes de valeur peuvent payer. Renault prouve qu’il est possible de concilier production locale et marges positives, à condition d’investir massivement et de prendre des décisions difficiles. Reste à pérenniser cet acquis : maintenir les investissements, sécuriser les approvisionnements stratégiques et obtenir un cadre économique stable sont désormais les vrais enjeux pour que ce succès ne demeure pas une exception mais le début d’une renaissance industrielle durable.

Laisser un commentaire