L’Alpine A110 thermique tire sa révérence à Dieppe

Après neuf ans de carrière commerciale, l’ère de l’A110 à moteur thermique s’est officiellement close le 17 juin 2026 à Dieppe. La sportive française laisse derrière elle 28 701 exemplaires de seconde génération et une édition ultime bien plus rare que prévue.

Fin d’une ère : Dieppe dit adieu à l’A110 thermique

La dernière Alpine A110 thermique est sortie de l’usine de Dieppe le 17 juin 2026, marquant la fin d’un chapitre exceptionnel pour la marque française. Lancée en 2017 après la renaissance d’Alpine impulsée par le groupe Renault au début des années 2010, cette berlinette moderne a su redonner au public l’image d’une véritable petite sportive à moteur central arrière.

>Sur le plan industriel, l’exploit est rare : proposer une voiture de sport à la fois enthousiasmante et viable économiquement. L’A110 a longtemps incarné ce compromis, attirant autant les amateurs de pilotage que les conducteurs soucieux d’un usage quotidien relativement abordable pour sa catégorie.

Un succès mesuré en chiffres et en sensations

Sur neuf saisons commerciales, l’A110 de seconde génération s’est vendue à 28 701 exemplaires. À cela s’ajoutent les 6 749 unités de la première génération historique, confirmant que la berlinette continue de fasciner plusieurs générations d’acheteurs.

>Plébiscitée pour sa légèreté, sa précision et son caractère ludique, l’A110 a souvent été opposée aux concurrentes plus lourdes comme la Porsche 718 Cayman, l’Audi TT ou la BMW Z4. Si certains lui ont reproché l’emploi de pièces partagées avec Renault (commodos, éléments de climatisation…), l’essentiel pour les passionnés était dans le comportement : une mécanique rageuse, une boîte à double embrayage réactive et une agilité de châssis qui ont fait de l’A110 une référence sur piste et en track-day.

>La gamme a évolué avec des versions plus puissantes : l’A110 S annoncée initialement à 292 ch puis portée à 300 ch, l’A110 R à 300 ch et des déclinaisons orientées grand tourisme. La déclinaison la plus accessible — l’A110 de 252 ch — reste, selon beaucoup, la meilleure combinaison entre performances et coût d’usage, en particulier face au malus écologique français.

L’extrême : l’A110 R Ultime, plus rare que prévu

La version la plus radicale de la gamme, l’A110 R Ultime, visait l’excellence dynamique avec un moteur poussé à 345 ch, une boîte spécifique et un châssis profondément retravaillé. Initialement calibrée pour être une série limitée « jusqu’à 110 exemplaires », elle n’a finalement été produite qu’à 58 unités.

>Avec un tarif catalogue de départ à 265 000 € et un prix d’achat moyen souvent supérieur à 300 000 €, l’R Ultime se positionnait au-dessus de concurrentes prestigieuses, parfois même face à des déclinaisons très exclusives de la Porsche 911 GT3 RS. Sur circuit, elle flirtait avec les meilleures références : lors d’essais comparatifs, elle se situait à moins de trois dixièmes d’une 911 GT3 sur le tracé Club de Magny-Cours.

Troisième génération : tout électrique… mais avec des garde-fous

Alpine prépare d’ores et déjà la troisième génération de l’A110, qui basculera au 100 % électrique et reposera sur la nouvelle plateforme APP (Alpine Performance Platform). Le lancement est attendu dès l’année prochaine et interviendra dans un contexte concurrentiel fort, avec l’arrivée annoncée d’un Porsche Cayman électrique.

>La transition suscite des interrogations chez les puristes : la recette qui a fait le succès de l’A110 — légèreté, sensation mécanique, placement moteur central — pourrait-elle survivre à l’électrification ? Alpine se donne une marge de manœuvre, en laissant la porte ouverte à un moteur thermique « si les conditions de marché évoluent », ce qui montre la prudence stratégique du constructeur face aux attentes clients.

>Analyse : La disparition de l’A110 thermique clôt une période brillante pour Alpine, où la marque a réussi l’exploit de concilier émotion et viabilité commerciale. Le bilan chiffré est solide, mais la vraie question demeure culturelle : l’A110 électrique saura-t-elle conserver l’âme d’une berlinette en privilégiant la performance et la légèreté plutôt que la simple puissance brute ? Si Alpine réussit à transposer l’esprit originel sur la plateforme APP, la légende continuera ; à défaut, la génération thermique restera aux yeux des passionnés comme l’apogée d’une approche artisanale et sensuelle du sport automobile.

Laisser un commentaire