FSD en Europe : des tests jugés concluants, mais toujours secrets

TL;DR : Le régulateur néerlandais RDW estime que le système Full Self-Driving supervisé de Tesla présente un niveau de sécurité au moins comparable à celui des autres aides à la conduite. Mais ni sa méthode complète ni les résultats détaillés de ses essais ne sont accessibles au public. Cette confidentialité, justifiée par le secret commercial, nourrit les réserves de plusieurs pays avant une possible décision européenne.

Un feu vert néerlandais encore limité

Le dossier européen du Full Self-Driving, ou FSD, a franchi une étape importante aux Pays-Bas. Après des essais menés sur piste fermée et sur route ouverte, dans plusieurs conditions de circulation, le RDW a considéré en avril que le dispositif était plus sûr que les autres systèmes d’aide à la conduite. En juin, l’autorité a retenu une formulation plus prudente : le FSD serait « au moins aussi sûr » que les solutions comparables.

>Cette appréciation ne transforme pas pour autant les Tesla en voitures autonomes. Malgré son nom, le FSD reste un système supervisé. Le conducteur doit surveiller la route, conserver la capacité d’intervenir et reprendre immédiatement le contrôle si la situation l’exige. La responsabilité humaine demeure donc centrale.

>Le problème se situe ailleurs : les éléments permettant de vérifier l’évaluation du RDW ne sont pas publiés. Le protocole détaillé, les scénarios rencontrés, le nombre d’interventions humaines et les performances mesurées restent confidentiels. Il est donc impossible pour un observateur extérieur d’examiner la solidité de la conclusion néerlandaise.

Des comparaisons statistiques qui posaient déjà question

La prudence est d’autant plus nécessaire que Tesla avait auparavant transmis à plusieurs autorités européennes ses propres données américaines. Certaines comparaisons avantageaient potentiellement le système. Le constructeur mettait notamment en regard les accidents avec déclenchement des airbags sur des véhicules utilisant le FSD et des statistiques fédérales couvrant aussi des collisions moins graves.

>Autre limite : les Tesla récentes étaient comparées à l’ensemble du parc automobile américain, dont l’âge moyen dépasse douze ans. L’écart de génération, d’équipements de sécurité et d’état général des véhicules peut peser lourd dans les résultats. Une telle comparaison ne suffit donc pas à isoler l’effet réel du logiciel de conduite assistée.

>Le RDW assure ne pas avoir fondé son avis sur ces seules statistiques et affirme avoir conduit ses propres essais approfondis. Cette démarche indépendante pourrait répondre aux critiques. Sans publication des données, elle ne permet toutefois pas de savoir quels défauts ont été observés, à quelle fréquence ni selon quels critères le niveau de sécurité a été jugé acceptable.

Le secret commercial verrouille les résultats

La confidentialité occupait une place importante dans les échanges entre Tesla et l’autorité néerlandaise dès la fin de 2024. En avril 2025, un représentant du constructeur a demandé la garantie qu’un document ne serait « jamais » rendu public, tout en conditionnant la transmission d’informations supplémentaires à des précisions sur leur protection.

>Le RDW affirme décider lui-même des pièces communicables et invoque son obligation de préserver les informations propres aux constructeurs. En pratique, les résultats détaillés restent hors de portée. La même position est adoptée par les autorités de six autres pays européens, dont l’Allemagne, la Norvège et le Danemark.

>Le cas norvégien accentue le malaise. Son administration routière a consulté des données communiquées par les Pays-Bas et indique qu’elles diffèrent des chiffres présentés publiquement par Tesla. Les performances décrites seraient moins favorables, sans que le public puisse comparer précisément les deux ensembles de données.

Une décision européenne loin de faire consensus

Tesla cherche une exemption aux règles européennes qui limitent fortement l’usage des systèmes automatisés hors autoroute. Pour aboutir, le projet doit obtenir l’appui d’au moins 55 % des États membres représentant 65 % de la population de l’Union européenne.

>La France ne soutient pas le FSD dans sa forme actuelle. Ses réserves portent notamment sur les excès de vitesse et sur la vérification de l’attention du conducteur. La Finlande reconnaît que le système peut parfois prendre une décision plus sûre qu’un humain, mais relève aussi des difficultés sur des routes sinueuses ou pentues et lors de reprises en main soudaines.

Analyse éditoriale : la transparence devient un enjeu de sécurité

Protéger le code, les procédés industriels ou certains paramètres techniques de Tesla peut se comprendre. Garder secrets les principaux résultats d’une évaluation appelée à soutenir une autorisation européenne est plus difficile à défendre. Une décision publique concernant des millions d’usagers ne devrait pas reposer sur une simple déclaration de conformité impossible à examiner.

>Le débat ne consiste pas à déclarer le FSD dangereux sans preuve. Il consiste à demander des preuves contrôlables lorsqu’un système est présenté comme suffisamment sûr. Publier des indicateurs anonymisés, les scénarios de test, les limites constatées et la fréquence des interventions préserverait les secrets industriels tout en permettant un débat sérieux. Sans ce socle commun, le vote européen risque de porter autant sur la confiance accordée aux régulateurs que sur les capacités réelles du logiciel.

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