Alpine prend le pari électrique après l’arrêt de l’A110 moderne

Après la fin de production de la deuxième génération de l’A110, Alpine tourne une page et prépare une troisième mouture 100 % électrique. Le constructeur mise sur la conservation de l’ADN léger et sportif tout en affrontant de lourdes incertitudes commerciales et géographiques.

Bilan chiffré de l’ère moderne de l’A110

La renaissance d’Alpine lancée en 2017 s’est soldée par un succès beaucoup plus net que ne le laissaient présager les sceptiques. Entre 2017 et 2026, l’usine historique de Dieppe a assemblé 28 701 exemplaires de l’A110, un total qui écrase les performances commerciales de la dernière génération précédente, la A610, qui avait à peine trouvé un peu plus de 800 acquéreurs entre 1991 et 1995. Pour mémoire, la première A110 produite entre 1962 et 1977 s’était arrêtée à 6 709 unités.

>La couleur a joué un rôle marquant dans l’identité de la sportive : la dernière unité sortie des lignes est une A110 R 70 bleu Alpine, et le bleu a représenté plus de 33 % des ventes, grimpant à 58 % si l’on additionne toutes les déclinaisons de bleu. Seule la très exclusive A110 R Ultimea n’a pas rempli ses objectifs initiaux, avec une production quasiment deux fois inférieure aux 110 exemplaires prévus.

Un virage technique et commercial assumé… mais risqué

Pour sa troisième génération, Alpine a choisi de basculer vers une proposition majoritairement électrique. Cette décision repose sur une plateforme inédite, l’APP (Alpine Performance Platform), conçue pour être compatible avec des architectures électriques, mais aussi potentiellement avec des motorisations thermiques ou hybrides. L’objectif affiché : conserver le caractère dynamique et la légèreté qui ont fait la réputation de la berlinette.

>Techniquement, la nouvelle A110 mise sur une architecture en 800 volts, deux moteurs montés à l’arrière avec gestion fine du couple et une distribution des batteries sur deux packs, l’un à l’avant et l’autre à l’arrière, pour soigner la répartition des masses. Ces choix visent à préserver l’agilité même lorsque le véhicule sera plus lourd que ses prédécesseurs.

Calendrier, marchés et premières présentations

Le constructeur prévoit un lancement commercial en 2027. D’ici là, Alpine exposera un mulet de cette future A110 au Festival of Speed de Goodwood, offrant un premier aperçu des choix techniques. Mais la route commerciale reste étroite : l’A110 moderne a réalisé l’essentiel de ses ventes en France et n’a jamais été proposée en Chine ni aux États-Unis. Des plans d’expansion annoncés en 2022 pour ces marchés semblent aujourd’hui moins certains, d’autant que l’appétence pour l’électrique varie sensiblement selon les régions.

>Sur le plan concurrentiel, Alpine n’est pas la seule à vivre une période de transition : les deux-sœurs sportives de segment comparable, la Porsche Cayman et la Boxster, sont elles aussi sans descendance immédiate en concessions. En parallèle, d’autres acteurs remettent en question leur trajectoire électrique — certains réinvestissent le thermique, voire des architectures hybrides.

Analyse et point de vue

Le passage à l’électrique constitue un pari stratégique pour Alpine. La marque s’appuie sur un savoir-faire reconnu en matière d’équilibre et d’agilité pour tenter de transférer l’âme de la berlinette à une architecture moderne. Toutefois, plusieurs incertitudes persistent : l’acceptation par une clientèle potentiellement attachée au moteur thermique, la capacité à conquérir de nouveaux marchés longtemps délaissés, et la concurrence d’icônes comme la Porsche 911 qui, elle, atteint des volumes annuels supérieurs à 50 000 exemplaires.

>Si Alpine réussit à conjuguer légèreté, sensations et autonomie d’usage, elle pourra transformer ce saut dans l’inconnu en nouvelle réussite. À défaut, le constructeur risque de se retrouver dans une niche encore plus étroite, dépendante d’un marché domestique et d’une image qui devront être renouvelés pour séduire une clientèle internationale.

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